Princeton, 8 octobre



Élie me tape parfois sur les nerfs. Je ne sais pas si c'est son acné attardée, sa yarmulka mal fixée sur ses cheveux filasse et qui menace toujours de tomber ou, encore, la façon hautaine avec laquelle il juge mes habitudes de gentille en lançant un " goy! " condescendant. Quand il ne me tape pas sur les nerfs, je l'aime bien.

Il est entré dans l'atelier en enjambant les caisses de bois remplies de paille et de pierres, agitant une feuille de papier.

— Il a 9700 ans! Tu te rends compte, Francis, 9700 ans... Il est plus vieux que l'homme de Kennewick!

Je lui ai arraché la feuille des mains. C'était une copie télécopiée du rapport des tests au radiocarbone, qui indiquait, sobrement, que nos échantillons dataient de 9500 à 9900 ans. Tous. Pendant que je lisais et relisais les quelques lignes, Élie trépignait d'impatience, passant nerveusement ses mains dans ses cheveux, délogeant finalement sa calotte ronde qui est tombée dans la paille sur le plancher.

— Tu vois, me dit-il en récupérant son petit chapeau, nous avions raison depuis le début, même si Levine n'était pas d'accord...

Ses mains tremblaient d'émotion pendant qu'il tentait maladroitement de fixer sa calotte sur sa tête. J'étais certainement aussi fébrile que lui. Les mois que nous avions passés à excaver le site de la Petite Rivière Missouri avaient mis notre patience à rude épreuve. À l'exception des ossements, trouvés en fin de fouilles, les artéfacts que nous avions rapportés à Princeton se limitaient à une collection de cailloux vaguement taillés et à quelques pelletées de terre.

Avec un respect renouvelé, j'ai déplacé la boîte qui contenait le morceau de crâne, les fémurs, un fragment de bassin, une rotule et quelques côtes. Nous avions surnommé le squelette Roosevelt, car nous l'avions trouvé aux abords du Theodore Roosevelt National Park où l'ancien président américain était venu chasser le bison. Notre Roosevelt était presque tombé à nos pieds, recraché par les berges de la rivière qui creusait un large méandre à cet endroit.

— Ainsi, Roosevelt, tu n'es donc pas un chercheur d'or...

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